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Interview exclusive de Benoît Cerexhe (Mille Decibel) PDF Afdrukken E-mailadres
Politieke reacties
Geschreven door WebMaster   
maandag 04 juli 2005 20:12
Interview exclusive de Benoît Cerexhe 

"Il y a malheureusement dans notre pays une tendance à créer de manière récurrente des conflits entre communautés linguistiques. Cela peut évidemment conduire à susciter des situations très brutales pour les citoyens. Il n¹y a pas d¹autre antidote que de faire preuve de combativité pour se défendre et rappeler, constamment, que les droits démocratiques de chaque citoyen sont une exigence primordiale. C¹est pourquoi la bonne gouvernance, l¹éthique, toujours guidés par le respect de l¹individu, sont au centre de notre réflexion et de notre action. Dans une époque où le repli sur soi, notamment identitaire, est en train de prendre de plus en plus d¹importance, c¹est une absolue priorité. "

Le Ministre de l¹Economie Benoît Cerexhe est en quelque sorte le second personnage en importance au sein du gouvernement de la Région bruxelloise. Il nous confirme sa détermination à tenir une position forte dans le cadre des pourparlers entre régions et fédéral qui doivent mener à un redéfinition de la stratégie de gestion des nuisances aériennes de l¹aéroport de Bruxelles-National. Lors de la crise DHL, Benoît Cerexhe avait déjà tenu la position du cdH avec la plus grande fermeté. Il en sera de même au moment où tout se joue pour l¹habitabilité future de Bruxelles et de l¹oostrand. Mais d¹abord, Benoît Cerexhe accuse. Il accuse certains politiques au nord du pays de prendre le risque du pire pour l¹aéroport en refusant la main tendue par Bruxelles à la Région flamande. Il explique et démontre que la proposition bruxelloise d¹un retour à la situation de 1999 est un acte de pacification. Il ne pourra s¹agir que d¹une solution provisoire car ni la Flandre ni Bruxelles ne peuvent se satisfaire sur le long terme de cette option. Pour le Ministre, le retour à 1999 impose effort et bonne volonté à toutes les parties en restaurant un climat de sérénité propice à une réflexion menée en commun, sur un pied d¹égalité avec la Flandre et le fédéral. Hors de cette logique de paix, qui doit nous donner le temps de choisir de concert une stratégie censée pour le devenir l¹aéroport, la figure de proue du cdH à Bruxelles montre qu¹il n¹y a que l¹égarement et la crise. S¹agissant de la santé des gens tout autant que de la santé économique de la zone aéroportuaire, les vieux réflexes identitaires n¹ont pas de place dans ce débat aussi complexe que sensible. Benoît Cerexhe fait profession de foi en annonçant que l'époque où certains croyaient pouvoir parler de Bruxelles comme d'une sous région est définitivement révolue. Dans un rappel de l¹historicité des faits, Benoît Cerexhe exprime sa très vive déception au sujet du MR et du FDF. La mise en évidence de leur faute vis-à-vis des bruxellois sera sans nul doute un axe central de la campagne électorale pour les élections communales et fédérales. En humaniste convaincu, se posant en défenseur de la démocratie, le Ministre Cerexhe promet et s¹engage. En conscience, le sacrifice du droit au sommeil à des exigences économiques, et encore moins à des expressions partisanes faussement légitimées, ne pourront jamais être admises par le cdH. Le principe de dispersion des vols de nuit, sans mesures de corrections proportionnées, a montré ses travers et s¹est heurté à l¹impossibilité juridique. Refuser d¹écouter les citoyens, refuser d¹écouter les juges ; voilà ce que le gouvernement fédéral ne peut pas.

Interview exclusive de Benoît Cerexhe
Ministre de l'Economie, de l¹Emploi et de la Recherche scientifique
de la Région de Bruxelles-Capitale
 

Comment réagissez-vous à l¹affirmation que Bruxelles ferait preuve d¹égoïsme en refusant l¹appel de Renaat Landuyt à sauver le plan de dispersion ?

Cela m¹irrite au plus au point, et c¹est peu dire ! Dans ce dossier, depuis des années, les politiques flamands ont pris l¹habitude de constamment rejeter la faute sur Bruxelles sur base d¹arguments qui n¹ont rien d¹objectif. Alors quand je dis « ras le bol », je suis encore mesuré. Au niveau du gouvernement fédéral, MM. Anciaux a géré ce dossier des nuisances sonores de manière partisane, clanique même. Malheureusement, avec la complaisance de leurs partenaires francophones. S¹il y a de l¹égoïsme dans ce débat, c¹est dans leurs propos qu¹il se trouve.
On veut faire croire que la Région bruxelloise met en danger l¹existence de l¹aéroport en refusant un plan de dispersion qui parait absurde en regard des pratiques existantes partout ailleurs en Europe. Pour moi, ce sont ceux qui refusent l¹idée d¹un retour à la situation de 1999 qui mettent l¹aéroport en danger. La Région bruxelloise a fait cette proposition, qui d¹ailleurs ne la satisfait pas idéalement, dans un souci de pacification et d¹équilibre. Refuser cette main tendue, c¹est vouloir le conflit pour le conflit. Nous devons cesser le conflit entre Régions. Ensuite nous pourrons construire un futur qui tiendra mieux compte des besoins légitimes de chacun et des habitants. Mais il faut poser en priorité absolue le retour à plus de sérénité. Ceux qui, comme le Ministre Landuyt, refusent cette solution de sagesse n¹ont pour seul but que de maintenir les acquis tout à fait excessifs du plan Anciaux.

Affirmer que l¹aéroport va fermer si l¹on n¹accepte pas un plan de dispersion est un chantage moral que je n¹accepte pas. Le « clan » Anciaux a géré ce dossier en fonction de ses intérêts. Il faut arrêter de pointer du doigt Bruxelles, en l¹accusant de n¹importe quoi : cette attitude est observable dans d¹autres dossiers que celui des nuisances aériennes. Chaque fois qu¹il sera nécessaire, nous devrons dénoncer les accusations sans aucun fondement que l¹on porte injustement à Bruxelles.

Il s¹agit donc d¹un problème assez fondamental et les accusations contre Bruxelles, en effet absurdes pour ceux qui connaissent ce dossier, ne sont pas pour vous un phénomène d¹une importance mineure Š 

Certains en Flandre se croient malins en inventant de toutes pièces un « égoïsme bruxellois ». Ca permet de poser la Flandre en victime. Ceux qui le font pensent ainsi flatter leur « camp », mais en réalité ils ne font qu'encourager les réactions de repli identitaire. Les citoyens flamands qui ne connaissent rien de ce dossier complexe ne retiendront qu¹une chose : la Flandre est brimée. C¹est du pain béni pour les nationalistes. Je ne peux l¹accepter.

Que pensez-vous du projet de loi adopté par le gouvernement fédéral qui, s'il est voté par le Parlement, figerait dans une loi et le principe de dispersion et le Plan Anciaux ? 

On veut imposer la loi du plus fort ­ et pour le gouvernement fédéral c'est le gouvernement fédéral, sans plus prendre en compte l¹intérêt général. L'attitude négative du gouvernement fédéral, presque méprisante, vis-à-vis du juridique, devient une constante déplorable. Quand on lit les récents jugements de la Cour d¹Appel et du Conseil d¹Etat, au-delà des décisions qu¹ils contiennent, on peut voir à quel point les tribunaux évaluent sévèrement la mauvaise gouvernance dans ce dossier. Le gouvernement taxé d¹irresponsabilité, loin de faire son mea culpa, répond par un projet de loi qui vise à museler les citoyens.

J¹avais été très choqué lorsque le Ministre Landuyt avait déclaré qu¹il aurait préféré payer les astreintes exigées dans le cadre du jugement en référé suspendant l¹utilisation abusive de la piste 02. Pour un juriste de formation comme moi, et un démocrate convaincu, c¹est tout à fait choquant 

On entend souvent l¹argument - central dans le discours de nombreux politiques flamands - que Bruxelles ne prendrait pas une part suffisante des nuisances de l¹aéroport par rapport aux avantages qu¹elle en tire. Qu¹en pensez-vous ? 

C¹est un très faible argument. D¹abord parce qu¹en Flandre, la zone de l¹aéroport de Zaventem est le second pôle économique en importance. Il n¹existerait pas sans Bruxelles, qui comme capitale de l¹Europe, a rendu possible la création d¹un aéroport d¹envergure internationale. Avant de taxer Bruxelles d¹égoïsme, je crois qu¹il faut qu¹en Flandre on fasse une meilleure évaluation de l¹immense apport de Bruxelles à la prospérité dans le Brabant flamand et au-delà.

Je crois qu¹il faut arrêter de laisser répéter sans réagir cet argument absurde de la « dette des Bruxellois ». On n¹a jamais entendu non plus qu¹il fallait survoler davantage Malines ou Louvain parce parce qu¹ils profitent de plus en plus des retombées positives de l¹aéroport. Ce serait tout à fait idiot.

Il semble que maintenant, grâce au jugement de la Cour d¹Appel, la Région bruxelloise dispose du moyen de refuser le plan de dispersion et de négocier sur base d¹une position renforcée. Comment faut-t-il avancer sur cette base, selon vous ?

D¹abord, je crois qu¹il faut se souvenir que lors de la crise DHL, qui a été un affrontement très dur, nous avons su démontrer, au cdH, notre capacité à résister aux exigences disproportionnées qui étaient faites à la Région bruxelloise. Aujourd¹hui, ce même principe de fermeté continue de guider le cdH dans son action.

Cet arrêt de la Cour d¹Appel permet à la Région bruxelloise de renforcer considérablement sa position. Dans ce dossier des nuisances et de manière plus large dans le dossier institutionnel, certains dans ce pays considèrent encore que Bruxelles reste une sous-région. Dans le dossier DHL, en rupture avec le passé, le gouvernement bruxellois a pu faire entendre sa voix. On constate depuis lors que le gouvernement bruxellois parvient à s¹affirmer beaucoup plus dans différents débats qui concernent l¹ensemble du pays. L'arrêt de la Cour d'Appel reconnaît à Bruxelles le droit de faire valoir ses droits. C'est extrêmement positif, et je comprends que ceux qui souhaitent voir Bruxelles ravalée au rang de sous-région apprécient peu cet Arrêt. Mais il va leur falloir apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité. 

Il faut que chacun comprenne qu¹à Bruxelles nous disposons des mêmes droits que les autres entités fédérées et que nous entendons bien les faire respecter.

J¹entends que l¹on essaie de faire passer certains Bruxellois et habitants de l¹oostrand pour des « enfants gâtés », des bourgeois qui passent leur temps à faire des barbecue dans leur joli jardin. Je ne pense pas que l¹on soit un enfant gâté lorsqu¹on veut simplement faire respecter ses droits.

Nous avons, par ailleurs, ailleurs toujours montré une volonté constructive. Dans le dossier DHL, nous étions venus avec un certain nombre de propositions. A l¹époque, comme aujourd¹hui, Bruxelles n¹émet aucun diktat. Nous avons dès l'annonce de l'arrêt de la Cour d'Appel fait preuve de bonne volonté en acceptant de postposer d'un mois la signification de ce jugement, alors que nous aurions très bien pu l'imposer immédiatement pour exiger des astreintes. Nous avons donc proposé un délai d'un mois, afin d'inviter nos partenaires à se réunir autour de la table et négocier.

Mais cela signifie que Monsieur Landuyt devra nous respecter et ne non pas venir nous dire que le plan Anciaux est un tabou. Car nous ne pouvons accepter que le plan Anciaux soit un tabou. Cela, pour nous, est « onbespreekbaar ». La Région bruxelloise est une Région à part entière qui a autant de poids sur l¹échiquier belge que les autres Régions.

Au cdH, nous pensons que ce sont les citoyens qui comptent en premier dans ce dossier, quelles que soit leur langue, leur lieu d¹habitation ou leur niveau social présumé. Nous devons essayer de sortir par le haut en trouvant des solutions où tous les citoyens y gagnent par rapport à la situation où ils étaient avant les plans Anciaux et Durant.

La Région flamande prépare la mise en place d¹un gigantesque plan de développement économique de la zone aéroportuaire de Zaventem, le plan START. Les investissements, financés par le fédéral et le régional, devraient dépasser les 800.000.000 d¹euros. Pensez-vous qu¹il est normal qu¹une telle entreprise ne soit pas réalisée en concertation avec la Région bruxelloise ?

C¹est un problème général. Malheureusement, aujourd¹hui dans notre pays les plans de développement se font sans aucune concertation avec les régions voisines. Nous pouvons sans doute battre notre coulpe également. Nous avons lancé, en Région bruxelloise, un vaste plan pour l¹économie et l¹emploi. Nous n¹avons pas pas plus que les Flamands et les Wallons, entrepris de concertation avec les autres régions dans l¹élaboration de ce plan. Or, il y a énormément de dossiers de cet ordre qui correspondent à des enjeux qui dépassent le cadre d¹une seule région. Le RER, le TGV, tout comme le développement de l¹aéroport de Zaventem, tous ces dossiers vont au-delà du fait régional et ont une dimension interrégionale. Je déplore cette absence de concertation dans des projets de telle envergure.

Tout le monde dénonce l¹incohérence de la politique urbanistique menée en Flandre qui permet depuis des années la création de nouvelles zones résidentielles autour de l¹aéroport. Cela induit-t-il une responsabilité particulière de la région flamande dans la gestion des nuisances ? 

Ma réponse est clairement oui. C¹est un peu comme quand on laisse construire des maisons, dans d¹autres pays, sur des zones inondables. Les pouvoirs publics avertis du risque portent la responsabilité d¹avoir laissé faire. C¹est la même chose. La politique urbanistique autour de Zaventem, ou plutôt cette absence de politique urbanistique en Brabant flamand, a mené aux énormes difficultés que nous rencontrons actuellement. C¹est une responsabilité historique de la Région flamande et il est équitable qu¹elle l¹assume en l¹intégrant dans la recherche d¹une solution globale équilibrée.

J¹entends que les représentants de la firme DHL, lorsqu¹il font l¹exposé public de leur analyse de ce qui est arrivé à Zaventem, portent de lourds reproches aux responsables de cette mauvaise gestion urbanistique autour de l¹aéroport. Lors du colloque sur les vols de nuit organisé par le Comité des Régions, ils ont montré les photos de constructions neuves survolées à ras de toiture par des avions. 

En Flandre, il faut accepter l¹idée que l¹on doit assumer la responsabilité de ses erreurs. Si des frais sont induits par ces erreurs, comme l¹expropriation, l¹isolation des maisons ou des indemnités forfaitaires compensatoires, la Flandre doit accepter d¹en assumer une part en proportion de ses responsabilités.

L¹idée de disperser les nuisances, absente partout ailleurs en Europe, est apparue chez nous notamment parce que les zones de dégagement nécessaire au développement de l¹aéroport n¹ont pas été suffisamment préservées.

Vous faites un jugement très sévère du principe de dispersion qui, aux yeux d¹une grande partie de la classe politique flamande, correspond à une exigence légitime de la population du Noordrand. Que répondez-vous à cet argument ?

Les récentes décisions de justice contribuent toutes à démontrer que le principe de dispersion n¹apporte guère de solution respectueuse des droits individuels. Si on veut que ces droits soient respectés pour tous, y compris dans le Noordrand, il faut une trouver une autre stratégie que la dispersion.

On peut comprendre que la logique de dispersion plaise à ceux qui voudraient niveler les droits de toute personne qui vit dans un large rayon de l¹aéroport. Mais cette logique avantage tout à fait ceux qui sont venus habiter dans des quartiers construits bien après le développement de l¹aéroport, souvent même en connaissance de cause de l¹état des nuisances. Or, il faut bien faire remarquer que ces quartiers sont beaucoup plus nombreux au nord du Brabant flamand qu¹en Région bruxelloise ou dans l¹Oostrand. On peut comprendre que ceux qui bénéficient aussi largement de la logique de dispersion y soient beaucoup plus attachés que ceux qui y perdent.

Donc, entretenir l¹amalgame entre deux situations aussi différentes, c¹est abusif.

Quelle vision à long terme défendez-vous pour une gestion adéquate du problème des nuisances aériennes de l¹aéroport de Bruxelles-National à Zaventem ? 

Nous continuons au cdH à plaider pour le principe de concentration en lieu et place du principe de dispersion. Il faut revenir à une concentration des survols, avec les nécessaires mesures correctrices comme l¹expropriation et l¹isolation. C'est, à mes yeux, la moins mauvaise des solutions 

Il faut aussi que l¹on puisse aborder la question du plafond de nuisance totale de l¹aéroport. Il est indispensable de prendre conscience qu¹il existe une charge totale de bruit que l¹on ne peut pas dépasser compte tenu de la proximité de l¹aéroport avec des zones fortement peuplées.

Ensuite, il faut se dire que si l¹on veut développer les activités aéroportuaires en Belgique, il y a des synergies à trouver entre les aéroports. On a vu que l¹aéroport de Bierset et de Charleroi sont ouverts à cette logique. Et plus tard peut-être, mais c¹est à envisager sur le long terme, penser à la création d¹un aéroport complémentaire. Mais il ne faut pas leurrer les gens en leur faisant croire des choses qui ne peuvent pas être présentées comme certaines. Un tel projet de création d¹un second aéroport international est par nature un projet fédéral et prendra, s'il voit le jour, de très très longues années.

A Zaventem, l¹aéroport de nuit ne fait-il pas du tort à l¹aéroport de jour ? 

Les vols de nuit font exploser la somme globale des nuisances. Le maintien des vols de de nuit, supposera que l'on suive le modèle de Bierset qui est le seul à apporter une stabilité juridique suffisante. L¹indemnisation, sous forme d¹expropriation ou disolation acoustique, est une formule équitable. 

En cas retour à la situation de 1999, comme la Région bruxelloise l¹a suggéré, il y aura en effet certains quartiers bruxellois qui devraient subir plus de nuisances qu¹aujourd¹hui. Quel message voudriez-vous adresser aux personnes concernées ?

La proposition d'en revenir à la situation de 1999 est avant tout une main tendue faite, de manière responsable, au gouvernement fédéral afin que nous puissions nous mettre à table autour d'une proposition potentiellement acceptable pour toutes les parties. Mais pour le cdH, très clairement, le retour à la situation de 1999 n¹est qu¹une étape transitoire. La situation de 1999 était loin d¹être parfaite pour tous les Bruxellois. Les excès étaient certes moins flagrants qu¹avec le plan de dispersion, mais, en tout état de cause, il ne peut s¹agir que d¹une solution provisoire en attendant la finalisation d¹un vrai cadastre du bruit accepté par toutes les parties.

Le retour à 1999 doit être une première étape vers une évolution qui conduira à une situation viable pour tous. Le cdH est disposé à rencontrer les associations de riverains pour réfléchir avec eux de la meilleure manière de parvenir à une solution durable.

Nous savons tous très bien, politiques flamands et francophones, que le retour à 1999 ne suffira pas à régler tous les problèmes, ni à Bruxelles ni dans le Noordrand. Mais une fois revenus à ce nouveau point de départ, on peut espérer qu'il y ait un désir partagé de trouver des solutions équilibrées en ce qui concerne l¹aéroport. Une remise à plat est indispensable entre interlocuteurs raisonnables. Par cette voie, nous pourrons y parvenir, j¹en suis sûr.

On commence à apercevoir que deux axes logiques se profilent pour le devenir de Bruxelles dans un contexte d¹affaiblissement du système fédéral. Il y a d¹une part une logique de « Bruxelles-citadelle », que d¹aucuns diront assiégée et qui se défendrait d¹un hégémonisme flamand par un repli sur son territoire. Il y a d¹autre part une logique du « Grand Bruxelles » basée sur un modèle de développement intégré qui s¹appuierait sur des structures à créer de concertations entre les trois entités que sont la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. Pour vous, par rapport à ces deux repères, quel peut et doit être le devenir de Bruxelles ?

Il faut voir les choses de manière large et étendue, en concertation avec nos voisins. D¹une manière ou d¹une autre, nous allons devoir formaliser une structure de concertation. Personnellement, je plaide pour une réflexion approfondie sur le concept de « Communauté urbaine », c'est-à-dire une organisation vouée à la coordination de certaines politiques entre Bruxelles et sa périphérie large. Le carcan formé par les 19 communes qui composent son territoire ne correspond en rien à la réalité de ce qu¹est vraiment Bruxelles.

Nous sommes la seule grande ville au monde qui se trouve dans une telle situation d¹enfermement et de limitation de sa capacité d¹extension. Partout ailleurs sur la planète les villes se développent progressivement autour d¹un noyau urbain, sans que l¹on cherche à empêcher ce processus naturel. Nous devons sortir de cette logique et chercher le moyen de développer les concertations entre entités voisines pour gérer plus efficacement le domaine économique, la problématique de la mobilité, celle de l¹aménagement du territoire et des grandes infrastructures et, évidemment, les questions d¹environnement. Je suis persuadé que par l¹harmonisation et la synergie, nous pouvons créer une énorme plus-value par rapport à une situation d¹opposition et de guerre de tranchées. Un cadre de gestion mieux intégré entre les trois régions concernées, sur des politiques précises, devrait permettre un meilleur développement mutuel et une importante création de richesse pour chacune d¹elles.

Comment qualifiez-vous le rôle joué par la BIAC dans le dossier des nuisances sonores? Selon vous, leurs compétences s¹exercent-t-elles en parfaite impartialité ? 

On ne peut en effet certainement pas dire que la BIAC soit un élément impartial dans ce dossier. C¹est même le moins que l¹on puisse dire. On a vu à quel point son ancien Président Pierre Klees a pu faire preuve de mépris vis-à-vis de la population. Celle-ci a ressenti un sentiment de révolte à juste titre. Cela a contribué à envenimer les choses et à stimuler les oppositions. On voit aujourd¹hui que la nouvelle gestion de la BIAC ne semble pas avoir bien compris ni la situation actuelle ni la leçon du passé. Quand je lis dans Le Soir que Monsieur John Tent, qui dirige désormais la BIAC, se permet d¹émettre un jugement sur la gestion des nuisances sonores de l¹aéroport, je constate qu¹il prend position dans un dossier politique. Lorsqu¹il affirme que la situation actuelle est satisfaisante, c'est-à-dire que le plan de dispersion lui parait devoir être entériné, il se range résolument du côté du Ministre Landuyt avec laquelle la Région bruxelloise est en plein désaccord.

Le plan Anciaux a été sans cesse attaqué devant les cours et tribunaux, il a fait l'objet de condamnations très dures. Le principe de dispersion est apparu de plus en plus affaibli du fait de décisions de justice successives. Pourtant, le gouvernement fédéral veut faire le sauvetage du principe de dispersion en figeant la situation dans une loi. Pourquoi le MR et le PS ont-ils permis le cadeau de cette loi de dispersion, alors que cela ne figure même pas dans l¹accord de gouvernement ?

Si Renaat Landuyt a soudain accepté de bon gré les injonctions de la justice, en essayant de les figer dans son projet de loi, c¹est bien parce qu¹il réalise que c¹est tout le plan de dispersion qui risque de bientôt passer à la trappe. La logique de dispersion crée une situation ingérable.

Didier Reynders le sait aussi bien que Landuyt. S¹il a accepté ce projet de loi, il n¹y a qu¹une explication possible : la direction du MR ne fait pas grand cas des intérêts des Bruxellois, et encore moins des habitants de la périphérie est. Une chose est certaine : tant que le SPA-Spirit considérera que le plan de dispersion est une priorité, au risque de créer une crise gouvernementale, le MR semblera en position d¹accepter les mauvaises solutions qu¹on lui soumettra. Un parti socialiste flamand rigide à l¹excès et un MR étonnamment souple, voilà ce qui a rendu possible la situation de désordre à laquelle nous assistons aujourd¹hui. Il faut donc autant blâmer l¹attitude maximaliste d¹Anciaux and Co que l¹attitude minimaliste du MR. Celui-ci, avec des personnalités aussi fortes que Louis Michel ou Didier Reynders, aurait dû jouer un rôle d¹équilibrage.

Le MR prétend pourtant être actif dans la défense des intérêts des habitants de Bruxelles et de l¹Oostrand Š 

Il faut que ces mensonges cessent ! On essayera en vain de faire l¹addition des survols injustifiés de Bruxelles ou de l¹oostrand que le MR et le FDF auront réussi à épargner aux victimes du plan Anciaux. Le compte est vite fait : il n¹y en a pas un seul. Toutes leurs déclarations n¹ont été que des rodomontades. Ils n¹ont obtenu aucun résultat concret, zéro, alors qu¹ils sont membres du gouvernement fédéral. On peut dire que 100¨% des survols abusifs suscités par le plan Anciaux ont été rendus possible par la volonté du MR de s¹accrocher coûte que coûte au gouvernement fédéral.

On vous sent très critiques vis à vis du MR ; et même réellement indigné, en fait Š 

Je suis effectivement indigné de voir un parti qui s'est toujours présenté comme le défenseur de Bruxelles, le défenseur des francophones, accepter de manière aussi complaisante un projet qui détruit la qualité de vie des Bruxellois et qui impose à la Région bruxelloise de se soumettre aux diktats de certains flamingants.

Je suis aussi irrité de voir le MR tenir systématiquement un double discours. Les élus MR se présentent sur le terrain, dans les communes bruxelloises et de la périphérie, comme les meilleurs défenseurs des riverains, alors que les membres MR du gouvernement fédéral acceptent tout ce que leur présentent Anciaux et ses amis en la matière. Le dernier accord marqué par le MR au projet de loi de dispersion de Renaat Landuyt est à ce titre édifiant et sidérant. 

Votre jugement est-t-elle aussi sévère à l¹encontre du FDF qu¹à celui du PRL ? 

Oui, certainement. Moi je n¹ai jamais vu Monsieur Maingain menacer de quitter la fédération MR pour marquer son refus de la politique menée par son parti au niveau du gouvernement fédéral. Quant à Monsieur Gosuin, quand il était en charge de l¹Environnement comme Ministre bruxellois, il a accepté de suspendre l¹application de son Arrêté Bruit. Donc, l'extrême faiblesse du FDF se mesure dans ce dossier comme elle se mesure dans d'autres dossiers, institutionnels notamment.

Quelle évaluation faites-vous de la gestion du MR au niveau communal dans le dossier des nuisances aériennes ? 

Ce plan a été mis en place par le gouvernement fédéral, parce que chacun de ses membres dont le MR l¹ont bien voulu. Le plan Anciaux a été une décision collégiale de tout le gouvernement fédéral. Il est clair que certains élus communaux du MR peuvent être considérés comme des victimes de la politique menée par la direction de leur parti. Mais des victimes qui acceptent, soit parce qu'elles sont consentantes, soit parce qu'elles sont impuissantes, finalement le rôle qui est leur est imposé par Louis Michel d'abord, Didier Reynders ensuite.

A Schaerbeek, commune durement touchée par le plan Anciaux, le bourgmestre FDF a lui aussi maintenu un quasi silence radio sur ce dossier depuis le début.

Par rapport à un dossier comme celui des nuisances aériennes, quelle est selon vous l¹apport que peut donner la spécificité humaniste ?

Ma ligne de conduite et mon engagement politique, c¹est mettre la personne humaine au centre de mes préoccupations. Depuis que je fais de la politique, mon projet a toujours été celui-là. Comme Ministre de l¹Economie à Bruxelles, dans une région ou la situation du chômage est douloureuse, c¹est encore plus difficile de travailler à la recherche d¹un équilibre entre logique de développement économique et respect de la personne humaine.

Malgré cela, j¹ai de manière volontariste appliqué le principe de l¹humain d¹abord dans cette problématique des nuisances sonores. Au moment de l¹affaire DHL, nous avons été confrontés à cette difficulté de choix entre des priorités divergentes. DHL proposait en effet de faire des efforts pour engager de la main d¹¦uvre bruxelloise peu qualifiée. Cela a mérité réflexion. Mais j¹ai considéré qu¹au nom de l¹emploi on ne peut pas non plus tout faire. Il y a un certain nombre de limites qui doivent être fixées en fonction de la santé de la population et d¹un minimum de qualité de vie à lui assurer pour que le respect de la personne humaine soit pris en compte comme il le doit. Quand un décideur politique place le citoyen, comme être humain, au premier plan de sa réflexion, il applique une méthode. C¹est ce que fait le cdH : réfléchir à l¹humain d¹abord. C¹est encore le meilleur moyen pour ne pas l¹oublier. 

Je voudrais également dire que dans le dossier des nuisances aériennes, contrairement à tous les autres partis, personne ne peut rien reprocher au cdH. Objectivement, personne ne peut douter que la direction du cdH est capable de défendre avec beaucoup de vigueur nos convictions. Pendant la crise DHL, chacun a pu constater que le cdH a fait preuve de fermeté dans la défense de ses convictions humanistes. Ce que nous avons pu faire une fois, nous pouvons le refaire.

Ce dossier a suscité une large réflexion sur la dimension éthique de la problématique. Comment parvenir à une solution équitable, selon vous ? 

Le cdH a fait de la réflexion éthique son cheval de bataille. C¹est le cas en ce qui concerne la pratique des agents politiques que sont les mandataires ou les élus. Notre formation ne cesse de proposer l¹amélioration des bonnes m¦urs politiques en multipliant les initiatives.

Nous menons une réflexion permanente en vue de faire progresser l¹idée que le politique est au service du citoyen. L¹éthique est aussi en point de mire de la réflexion humaniste lorsqu¹il s¹agit de définir des politiques concrètes dans les sujets qui soulèvent la question du respect de l¹Autre. Pour nous humanistes, le respect est au c¦ur de notre engagement politique.

Existe-t-il un moyen, selon vous de faire évoluer par le haut ce difficile dossier des nuisances aériennes ?

Il faut d¹abord comprendre qu¹il y a un enjeu de civilisation dans le dossier des vols de nuit. Pouvons-nous accepter que des gens souffrent, car le manque de sommeil est une souffrance, même pour créer des emplois ? Quelle valeur peut avoir une société qui sacrifie délibérément la santé et le développement d¹une partie de ses membres pour fonctionner et créer de la richesse ? Ce n¹est pas ce que le cdH veut pour l¹homme. L¹histoire montre qu¹il est aussi possible de créer de la richesse par l¹invention, la mobilisation, la détermination. Autour de Zaventem, qui est une zone économique particulièrement dynamique, il existe de nombreux autres moyens que la multiplication des vols de nuit pour créer des emplois. Au cdH, nous pensons qu¹il existe un génie humain qui permet de dépasser les difficultés. C¹est pourquoi, dans un dossier particulièrement difficile comme celui des vols de nuit, nous défendons la logique du mieux, même si une difficile remise à plat générale est nécessaire pour y parvenir.

La population qui a été victime du Plan Anciaux est encore très choquée de la brutalité avec laquelle on a entrepris de changer leur cadre de vie, à certains endroits de façon très radicale. Quel message voulez-vous lui adresser ? 

Il y a malheureusement dans notre pays une tendance à créer de manière récurrente des conflits entre communautés linguistiques. Cela peut évidemment conduire à susciter des situations très brutales pour les citoyens. Il n¹y a pas d¹autre antidote que de faire preuve de combativité pour se défendre et rappeler, constamment, que les droits démocratiques de chaque citoyen sont une exigence primordiale. C¹est pourquoi la bonne gouvernance, l¹éthique, toujours guidés par le respect de l¹individu, sont au centre de notre réflexion et de notre action. Dans une époque où le repli sur soi, notamment identitaire, est en train de prendre de plus en plus d¹importance, c¹est une absolue priorité.

Propos recueillis par Gauthier van Outryve le 28 juin 2005 auprès de Benoît Cerexhe.

Le texte de l¹interview a été relu et approuvé avant publication.
Mille Décibels 
Revue d'analyses et de points de vue sur la problématique des nuisances aériennes à Bruxelles et en périphérie 
www.milledecibels.be